Vacances, j'oublie tout!
Par Anne Roumanoff
Déjà, il faut décider où l’on va.
L’homme tient à ce que la mer soit chaude et que la nourriture soit bonne, la petite a envie de jouer avec des enfants de son âge, la grande veut des distractions sinon
« ça fait pitié, je m’ennuie juste trop ».
Je voyage pendant des heures sur le Web à la recherche du lieu idéal, puis j’atterris
immanquablement sur un site Internet où les gens laissent leurs impressions :
« Il y a des cailloux sur la plage, le café est tiède, la climatisation est en panne»
Le rêve est cassé, et je me remets à surfer. Je devrais pourtant le savoir à mon
âge : les vacances, ce n’est jamais comme on a imaginé. Le jour du départ, c’est le cauchemar : La petite ne trouve plus sa Nintendo, mon mari ne comprend pas pourquoi je tiens absolument à emporter la balance, le passeport de la grande a disparu, la crème solaire s’est répandue dans la valise…
Ça crie, ça pleure, ça s’agite. La petite vomit dans la voiture. Quand on arrive enfin à l’aéroport, plus personne ne s’adresse la parole.
Au bout de trois jours, le miracle se produit : en maillot de bain, avec des lunettes de soleil et un chapeau, n’importe quel individu sensé devient soudain un touriste béat.
On sait qu’on est enfin en vacances quand on mange avec le sourire un poisson
« du jour » fraîchement décongelé, qu’on est ravi d’avoir déniché des souvenirs made in China en Grèce et qu’on trouve très sympas des gens à qui on
n’aurait pas adressé la parole dans le métro.
Et si c’était ça, le but des vacances, perdre tout sens critique pour savourer enfin l’instant présent ?
A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.