"Faire comme si"...
Par Claude Sérillon
Il fait beau, le printemps est revenu alors on va faire comme si… « Comment ça va, madame Leblanc ? — Pas plus mal », répond-elle à chaque fois avec un hochement de tête plein de sous-entendus. Elle trottine dans son jardin. Moi, je m’en vais vers la gare et le train qui part à 18 heures, direction la capitale.
C’est un dimanche soir. Pas envie de remonter travailler. Lundi commencent les évaluations. Tout va y passer : le bilan de l’année, les résultats du service, les questions personnelles et d’autres encore afin de nous tester. Une manière de nous motiver, disent-ils à la Direction des ressources humaines.
C’est une femme qui dirige. Elle sourit tout le temps. Même en janvier dernier, quand un plan social a été annoncé. Pas de licenciement, mais aucun remplacement des
partants volontaires ou à la retraite. « On fera avec. Moins de personnel mais plus de productivité, n’est-ce pas ? » . Certains ont râlé. Pas moi. J’ai échappé à la mise anticipée à la retraite. 54 ans, trop jeune ou pas assez vieux. Depuis, je fais comme si c’était normal : salaire, transport, repas, sorties… a minima.
Là, ce week-end à la campagne, c’était une exception. Un grand bol d’air de vacances chez « la tante seule qui a une grande maison et qui serait tellement contente de te voir ». Je suis seul aussi.
Les enfants sont chez leur mère. On s’est séparés, je ne sais plus très bien pourquoi. C’est elle qui a décidé. Moi, je passais des concours à l’autre bout de la France, dans les Ardennes, pour devenir cadre. J’ai réussi. Elle n’a pas voulu habiter les Ardennes. Le temps que j’obtienne une mutation dans le groupe, les enfants avaient un beau-père. Il est cadre lui aussi. Dans une banque, je crois.
Moi, j’ai toujours eu un faible pour le textile. Aujourd’hui le textile est à la baisse. « On est trop chers ! » . C’est l’explication donnée en comité d’entreprise. Les Chinois chamboulent tout. Parfois, je me demande comment tout cela va finir. Pour l’instant, à part les Antillais au début de l’année, personne ne bouge ou presque.